La verpe de Bohême (Verpa bohemica) sort en même temps que les morilles et leur ressemble au point d’être régulièrement ramassée par erreur. Sa comestibilité fait débat chez les spécialistes : voici comment la reconnaître, où elle pousse, et pourquoi nous recommandons de la laisser sur place.
🔎 Comment reconnaître la verpe de Bohême

- 🎩 Un chapeau en dé à coudre : brun jaunâtre à brun, plissé de rides plutôt qu’alvéolé comme celui d’une vraie morille.
- 🔔 Un chapeau fixé au sommet seulement : il pend autour du pied comme une cloche, alors que la morille a un chapeau soudé au pied par sa base.
- 🦴 Un pied clair : blanchâtre, souvent farci à l’intérieur d’une moelle cotonneuse plutôt que creux sur toute sa longueur.
📅 Où et quand pousse-t-elle ?
La verpe de Bohême est l’une des premières espèces du printemps : elle apparaît dès mars et en avril, souvent juste avant les morilles ou en même temps qu’elles. Elle affectionne les sols frais et humides, les bords de rivière et les ripisylves, notamment sous les peupliers, les trembles et les frênes. Ce sont exactement les coins que visitent les cueilleurs de morilles, d’où les confusions : voir notre page sur le frêne et les morilles.
⚖️ Une comestibilité qui ne fait pas l’unanimité
Selon les régions et les ouvrages, la verpe de Bohême est classée comme comestible, suspecte ou toxique. En Émilie-Romagne (Italie), elle figure même sur la liste officielle des champignons autorisés à la vente. À l’inverse, de nombreux guides, notamment nord-américains, la classent parmi les espèces suspectes ou toxiques.
Des intoxications ont été rapportées aux centres antipoison. Un cas publié, suivi par le centre antipoison de Marseille, décrit un homme ayant consommé environ 60 g de verpes de Bohême modérément cuites, prises pour des morilles : nausées et vomissements le lendemain, puis plusieurs crises convulsives environ 33 heures après le repas. Les médecins ont évoqué une toxine de type gyromitrine, la même famille de composés que celle des gyromitres, sans pouvoir le prouver faute de restes de repas à analyser.
👀 De mon côté, j’ai déjà vu de la verpe de Bohême en vente, et je ne suis pas le seul : au printemps 2023, un reportage de France 3 montrait des verpes vendues sous les halles de Dijon, autour de 50 € le kilo contre 80 € pour la morille, et même travaillées par un chef étoilé. Cela montre bien que la question n’est pas tranchée partout. Mais un champignon vendu n’est pas pour autant un champignon sans risque : la gyromitre, elle aussi, s’est vendue en France pendant des années avant d’être interdite en 1991. Je raconte cette histoire sur ma page pour reconnaître la morille.
🚫 Notre position
Étant donné ces incertitudes, nous ne recommandons pas de consommer la verpe de Bohême. Si vous en trouvez, laissez-la sur place. Cela ne vous prive de rien : la vraie morille et le morillon sont des comestibles bien mieux établis.
✂️ La coupe en deux : morille, morillon ou verpe ?
Le critère le plus fiable consiste à couper le champignon en deux dans la longueur et à observer comment le chapeau est fixé au pied :
- ✅ Morille : chapeau alvéolé, soudé au pied par sa base, avec une cavité unique et continue du sommet au pied.
- ✅ Morillon : petit chapeau alvéolé, soudé au pied jusqu’à mi-hauteur environ, sa partie basse restant libre.
- 🚫 Verpe de Bohême : chapeau plissé, fixé uniquement au sommet du pied et pendant librement tout autour, pied souvent farci de moelle cotonneuse.
Notre guide Reconnaître la morille détaille cette coupe en deux, ainsi que la confusion avec le gyromitre, toxique et potentiellement mortel.
🛡️ En cas de symptômes après un repas
⚠️ Les symptômes peuvent apparaître tardivement, parfois le lendemain du repas.
Nausées, vomissements, vertiges, troubles de la vue ou de l’équilibre, convulsions : appelez le 15, le 112 ou un centre antipoison sans attendre, et conservez si possible un reste des champignons ou une photo pour faciliter l’identification. Voir aussi notre page Rappel de sécurité.
