Le frêne, arbre roi de la morille commune et de la morille blonde

Frêne et morilles forment le duo le plus célèbre de la cueillette en plaine. Au bord des rivières, dans les haies ou à la lisière des bois, le frêne commun est le compagnon le plus fidèle de la morille commune (Morchella esculenta) et de ses formes claires, que les cueilleurs appellent morilles blondes. Apprendre à le reconnaître en toute saison, et à lire sa floraison au printemps, c’est se donner une longueur d’avance pour la cueillette. Moi, le frêne, j’en ai fait une véritable obsession, comme vous allez le voir.

🌳 Frêne et morilles : un lien par les racines

La morille entretient un lien étroit avec les racines de certains feuillus, et le frêne est de loin le plus connu. Son mycélium se développe dans le sol autour du système racinaire, puis fructifie au printemps lorsque la température et l’humidité s’y prêtent. C’est pourquoi on trouve si souvent des morilles communes et des morilles blondes dans un rayon de quelques mètres autour du tronc.

Le frêne apprécie les mêmes sols que la morille : frais, riches, bien drainés, souvent calcaires ou limoneux. Les deux se retrouvent donc naturellement dans les fonds de vallée, les bords de cours d’eau et les terrains alluviaux. Le frêne n’est pas le seul arbre à morilles en plaine (l’orme, le peuplier et les vieux pommiers en donnent aussi), mais c’est le repère le plus fiable.

Frêne et morilles : frêne commun au bord d'une rivière, lieu de pousse de la morille commune
Le frêne, l’arbre à morilles des bords de rivière — illustration générée par IA

💑 Frêne et morilles : mon obsession des frênes mâles et femelles

Le frêne commun est un arbre un peu particulier : selon les sujets, ses fleurs sont mâles, femelles, ou les deux à la fois. Pendant des années, j’ai eu une obsession : je cherchais toujours les endroits où frênes mâles et frênes femelles poussaient ensemble. C’est là que j’aimais le plus chercher mes morilles.

Comment les distinguer ? Le plus simple, c’est en hiver : les arbres qui portent des fleurs femelles gardent souvent leurs grappes de samares, ces graines ailées, accrochées aux branches jusqu’au printemps. Les frênes uniquement mâles, eux, n’en ont pas. Un coin où l’on voit côte à côte des frênes chargés de graines et d’autres sans, c’est le genre d’endroit que je notais pour le printemps.

🔎 Reconnaître le frêne commun (Fraxinus excelsior)

Le frêne commun, aussi appelé frêne élevé, est un grand arbre pouvant dépasser 30 mètres. Le bon réflexe du cueilleur est de repérer ses frênes dès l’hiver, quand la forêt est dégagée, pour savoir où revenir au printemps.

🌑 Les bourgeons noirs, un critère infaillible en hiver

C’est le critère le plus sûr : les bourgeons du frêne sont noirs, veloutés et opposés deux à deux sur les rameaux. Le bourgeon terminal, plus gros, ressemble à une petite mitre sombre. Aucun autre arbre courant de nos régions ne présente des bourgeons aussi noirs : une fois ce détail connu, on ne confond plus le frêne.

Bourgeons noirs du frêne commun, repère pour trouver les morilles en hiver
Bourgeons noirs du frêne commun (Photo : Wikimedia Commons)

🍃 Feuilles, écorce et fruits

  • Les feuilles : composées de 7 à 15 folioles dentées, disposées de part et d’autre d’un axe central. Elles apparaissent tard, en mai, bien après celles de la plupart des feuillus.
  • L’écorce : lisse et gris verdâtre chez les jeunes arbres, elle se creuse ensuite de fissures serrées formant un réseau régulier.
  • Les fruits : des samares, petites graines munies d’une aile, regroupées en grappes pendantes qui restent souvent accrochées tout l’hiver.

🌸 La floraison du frêne, signal de départ des morilles

Le début de la pousse de la morille au pied du frêne commun coïncide avec sa floraison, généralement en avril, parfois dès la fin mars en plaine lors des printemps doux, et jusqu’en mai en altitude. Cette floraison passe souvent inaperçue, car les fleurs du frêne n’ont ni pétales ni sépales. Elles se présentent sous la forme de petits bouquets denses (des panicules) de couleur pourpre foncé à brunâtre, qui pointent directement sur les rameaux encore nus, bien avant l’apparition des feuilles.

Quand ces bouquets sombres apparaissent, il est temps d’aller voir au pied des frênes : les premières morilles communes et morilles blondes ne sont pas loin. À l’inverse, quand le frêne se couvre de feuilles, la saison des morilles en plaine touche à sa fin.

Fleurs pourpres du frêne commun sur rameau nu, signal de la pousse des morilles
Floraison du frêne commun (Photo : Donar Reiskoffer, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons)

📍 Où chercher les morilles autour des frênes ?

Frêne et morilles partagent les mêmes milieux frais et humides : voici où concentrer vos recherches.

  • 🌊 Les ripisylves : les bandes boisées qui longent les rivières sont le terrain de prédilection du frêne et de la morille commune.
  • 🌿 Les haies et lisières : un frêne isolé dans une haie peut produire des morilles année après année.
  • 🍎 Les abords des vieux vergers : frênes et anciens pommiers se partagent souvent les mêmes coins à morilles blondes.
  • 🌿 Ma plante repère en lisière : ce que j’appelle « la citronnelle », la mélisse de son vrai nom. Ses feuilles ressemblent à celles de l’ortie, en plus brillantes et sans les poils qui piquent, et elles sentent le citron quand on les froisse entre les doigts. En lisière, quand je la voyais, les morilles n’étaient souvent pas loin.
  • 📏 Autour du tronc : cherchez dans un rayon de un à plusieurs mètres, là où courent les racines, en soulevant délicatement les feuilles mortes.

⚠️ Le frêne malade : une aubaine… temporaire

Depuis la fin des années 2000, les frênes français sont touchés par la chalarose, une maladie due à un champignon venu d’Asie qui fait dépérir les arbres. Les cueilleurs l’ont vite remarqué : les morilles poussent souvent en grand nombre au pied des frênes affaiblis ou récemment morts. Mais ce phénomène ne dure que quelques saisons. Une fois l’arbre mort depuis longtemps, les morilles disparaissent. Pensez donc à renouveler régulièrement vos repérages.

🧭 Nos conseils pour cueillir au pied des frênes

Repérez vos frênes en hiver grâce à leurs bourgeons noirs, notez leur emplacement, puis surveillez leur floraison au printemps. Un frêne qui a donné une année redonne souvent les suivantes : c’est ainsi que se construit, saison après saison, un véritable carnet de coins où frêne et morilles se retrouvent fidèlement. Pour affiner votre lecture du terrain, consultez notre page Biotopes & Périodes.

Attention : les ripisylves où pousse la morille commune abritent aussi la verpe de Bohême, qui sort aux mêmes dates. Avant de remplir votre panier, relisez notre guide pour reconnaître la morille et ses sosies toxiques, et n’oubliez pas que les morilles se consomment toujours bien cuites.

En montagne, un autre arbre prend le relais : découvrez comment le sapin vous mène à la morille conique.

🧭 Frêne et morilles se retrouvent dans bien des régions : pour repérer les frênaies près de chez vous, consultez nos guides Isère, Drôme et Doubs, où j’ai cueilli au bord d’une petite rivière bordée de frênes et de noisetiers. Dans ces mêmes milieux humides pousse aussi le morillon.